Mathématique d'une élection, 2ème tour

Par Eric Charron,
La Chapelle en Vercors,
Le 29 juin 2020

Hier soir, Annette, Jean-Eric, Muriel et moi avons participé au dépouillement du second tour de l’élection municipale.

Une certaine sérénité régnait dans notre petit groupe. Pourtant l’incertitude restait immense. Qu’allaient dire les habitants une fois dans l’isoloir ? Comment allaient se traduire leurs réflexions, leurs convictions, leurs intérêts forcément, leurs peurs aussi... ? Quand j’entends nos hommes politiques de tout bord à la radio déclarer solennellement : « Ce que veulent les Français... », je ne peux m’empêcher de sourire. Comment le savent-ils ? Les élections se chargeant presque à coup sur de les contredire. Ces « maudits électeurs » n’en font finalement qu’à leur tête. La démocratie reste pleine de mystères...

La concentration sur la tâche à accomplir a bien vite occulté toutes ces pensées. Si chaque liste avait désigné ses trois candidats, légalement, tous les candidats au premier tour, auquel on avait retranché les douze élus, restaient éligibles. La feuille des résultats présentait un long tableau de dix neuf lignes sur lequel il fallait barrer à chaque voix remportée un minuscule point noir. Difficile à mon goût de faire moins pratique. Je ne cesse de penser aux scrutateurs du premier tour qui ont biffé des centaines de points noirs sur trente et une lignes et pendant cinq interminables heures.

La carrure de Stéphane Roux qui ouvre les enveloppes devant moi, les gens qui s’agglutinent devant le tableau des résultats m’empêchent de les voir. Chaque centaine de bulletins dépouillée s’enchaîne à la suivante. Les yeux rivés sur les petits points noirs, je n’ai qu’une vision partielle du vote. Je connais ceux issus de notre table, mais ils ne représentent jamais que la moitié des suffrages. L’expérience du premier tour nous ayant montré que seule la vision de l’ensemble est vraiment parlante.

Si Géraldine et Claire paraissent avoir une confortable avance, concentré sur les petits points noirs, jusqu’au bout je garderai une boule au creux de l’estomac concernant Stephan.

C’est notre table qui se trouve chargée d’ouvrir les trente deux dernières enveloppes. Les premiers bulletins - plus d’une quinzaine - créditent nos candidats. Je ne peux m’empêcher de regarder Muriel : « y a-t-il une autre liste en face des nôtres ? » (Je sais, la plaisanterie est douteuse, mais je n’ai pas pu m’en empêcher). Ma question se perd dans le brouhaha. Heureusement sans doute... Puis les suffrages finissent par se ré-équilibrer. La dernière enveloppe contient un bulletin complet de notre liste. Présage ? Je biffe les trois derniers points noir.

Je peux enfin me lever pour m’approcher du tableau. Vu de ma place, j’ai toujours des doutes sur le score de Stephan. Il a vingt quatre voix d’avance sur son suivant !